dimanche 7 mai 2006

Truman Capote en coulisse

Philip Seymour Hoffman interprète le personnage de Truman Capote – à la fois dandy, intellectuel et amuseur public – qui se met lui-même en scène devant ses admirateurs. Ce double jeu évoque, de prime abord, l’intérêt majeur du film. On peut cependant s’interroger sur la démarche de l’acteur. Le visionnage de l'oeuvre prend alors une autre tournure. La diction et la gestuelle d’Hoffman, qui cherche à déconstruire la figure mythique de l’écrivain, en deviennent fastidieuses. Nous dirons même trop épaisses. Truman Capote pose une question au spectateur. Une question sur son rapport à l’art dramatique. Il suffit qu’un acteur aborde son personnage de manière pléthorique pour que le public se mette à crier au génie. Hoffman, éternel second du cinéma américain, a dû pressentir le rôle de sa vie. La chance que l’on ne peut pas laisser passer. Il a donc donné son maximum. Le résultat est certes époustouflant. Sa prestation, très aboutie, suscite forcément l’admiration. On aurait néanmoins préféré, par moment, une approche moins appuyée. Les instants de grâce du film sont justement ceux qui montrent le déchirement intérieur de l’écrivain ; lorsque, rongé par le remords, il repense à ce condamné à mort qu’il manipule à sa guise. C’est en délivrant une interprétation plus nuancée et minimaliste qu’Hoffman révèle l’étendue de son talent.
Le film biographique de Benett Miller s’intéresse à un épisode charnière de la vie de Capote. A la fin des années 1950, une famille entière a été tuée dans le Kansas. Ce fait divers intéresse immédiatement l’auteur, qui décide de suivre l’enquête de près. Rapidement, deux hommes sont arrêtés et jugés coupables. L’écrivain les rencontre et commence à communiquer avec l’un d’eux. De ces entrevues naîtra De sang froid, son roman le plus audacieux.
Le début du film, parfaitement maîtrisé, est très statique. Le réalisateur a l’heureuse idée d’accentuer la pesanteur des meurtres en interdisant tout mouvement à la caméra. Cette approche, associée à une photographie bleutée, renforce la froideur et la morbidité du scénario. Sur ce point, le style, proche de l’autopsie, est brillant. La construction des plans est ensuite plus convenue. Les séquences se déroulant en prison sont certainement les moins inspirées. Miller semble confondre sobriété et ennui. Le film s’étiole donc progressivement, tandis que l’histoire échappe de plus en plus au réalisateur, qui ne sait plus quel thème privilégier. Le déroulement des événements, la biographie de l’auteur ou celle du condamné. S'il montre que De sang froid dépend de l'imbrication de ces trois éléments, il oublie cependant d’aborder un aspect fondamental du problème.
Capote est sur le point de révolutionner la littérature en écrivant pour la première fois un roman de « non-fiction ». Miller démontre ainsi comment l’écrivain, pour développer son projet, observe les faits et instaure un dialogue avec les criminels.
Le film ne dépasse pas la limite de cette investigation. Il ne nous dit jamais que la non-fiction n’est pas une chronique d’événements vrais, mais une retranscription d’événements vrais sous forme de chronique. On a donc l’impression d’assister à un documentaire sur les coulisses de l’ouvrage, sans jamais aborder la problématique de l’écriture. Truman Capote ne s’intéresse à aucun moment à la subjectivité de l’écrivain ou au langage littéraire.
Miller parvient seulement - et c’est regrettable - à filmer l’arrière-boutique de
Sang froid. Les procédés narratifs qui sous-tendent le roman sont ignorés. Comment comprendre dès lors l’art de l’écrivain ? Le carton placé avant le générique final, nous disant que Truman Capote est le plus célèbre des auteurs américains, ne suffit pas à nous l’expliquer.

Aurélien Portelli

TRUMAN CAPOTE
Réalisation : Benett Miller. Interprétation : Philip Seymour Hoffman, Catherine Keener, Clifton Collins. Origine : Etats-Unis. Durée : 1h50. Année : 2006.

2 commentaires:

Chris a dit…

Merci pour ton message. Je mets ton blog en lien en attendant de pouvoir venir le lire à mon aise. +++

Aurélien Portelli a dit…

Merci Chris, j'attends de lire tes commentaires.